Nous plions le ciel nous le glissons dans les chemises contre nos cœurs nous accourrons à la moindre lueur nous croyons possible la perte de l’invisible nous ajustons nos gestes nous les répétons nous savons le chant de l’oiseau noir nous reconnaissons les larmes de l’oiseau noir nous choisissons les racines que nous enroulons autour de nos cous nous nous berçons les unes les autres nous sourions contre les vents nous découpons les étoiles poussées sous nos nuits nous jouons avec les armes qui nous manquent nous frottons nos fronts dans l’herbe fraîche nous effaçons nos traces nous reculons en dansant nous dansons nous cousons nos mots aux pulpes de nos doigts nous mangeons la troisième couche de terre sous nos pieds nous trions les mondes en claquements de langues nous jurons sur les mers et les rivières nous grimpons aux fleurs infimes nous peignons les cimes nous tressons les vallées nous succombons aux cils de nos joues nous prions nos ventres et nos seins nous dressons nos vestiges poussés de nos souffles courts nous brûlons nos cheveux anciens nous refermons nos mains sur les bruits les plus anciens nous appelons fléchies sur nos genoux nous léchons les phrases germées à nos aisselles nous creusons les volcans nous atteignons les soleils et nos joies prends-les pour toi.
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Ce texte est le sixième d’un cycle de 20 propositions d’écritures de Laura Vazquez, en lien avec son poème 20 pierres installé dans les jardins de la villa Médicis.
