Alors seulement ce n’était plus, pareil. Les règles changeaient. Nos mains s’ouvraient et elle s’y déposait. Elle ressemblait — certaines disaient — à la rosée. Elle était un mouvement attendu. Alors seulement nous léchions nos paumes. Nos yeux échangeaient sans bruit, tout au long de ses heures, les reflets lointains — l’enfant que nous avions été — les aurores lointaines sucrées fondantes transparentes. D’autres préféraient le moment venu, de leurs mains couvrir leur visage. Alors leurs paupières semblaient — semblaient seulement — trouver un repos et leurs narines s’ouvraient plus lentement plus pleinement, leurs bras retombaient. Mais toujours, nos corps oubliaient momentanément leur poids. Et toujours, nos mains belles, belles de la nuit déposée, chantaient les signes qu’elle seule nous enseignait.
*
une vie
certaine ronde
sous l’ombre du monde
*
un bourgeon
dans l’hiver absent
sous une grande fatigue
*
un toit
percé une rivière rubis
sous un lit
*
une étoile
des myriades effritées
sous les paupières
*
un parfum
ancien ridé persistant
sous l’arc du ciel
*
un morne
un chemin sourd
sous le songe dernier
*
un souffle
et sa vérité
sous le visage endormi
*
Nous étions serrés, assises, multitude. Nous étions. Nos têtes tournées vers nos pieds gonflés. Puis nous croyions entendre, nous ne savions pas, nous doutions, nous soulevions nos mains. Alors. Elles étaient lourdes. Alors. Était le jour.
__________
Ce texte est le premier d’un cycle de 20 propositions d’écritures de Laura Vazquez, en lien avec son poème 20 pierres installé dans les jardins de la villa Médicis.
