Sourit
Le continent me sourit
Le continent m’envisage puis
me tend ses bras ils sont, ses fleuves rugissants
enserrent les terres creusent les vallées bercent les nuits
les miennes, le continent
Le continent m’oblique son tropique dessine l’axe nouveau mon dos sa colonne
Le continent voit
son reflet dans mes yeux une forme à peine un surgissement clignotant une poussière soulevée joue dans la lumière la pupille rétrécie
la poussière danse la lumière un instant seulement et revient
lentement à la terre la sienne, le continent
Le contient chuchote
Le continent sait j’écoute ses racines leurs bruissements la pulsation de la sève et mes veines gonflées elles gonflent se gorgent se gorgent encore
Le continent déborde
Le continent vient il vient il va j’entends son mouvement son souffle sur ma nuque je l’attends je le reconnaîtrai, le continent
Le continent sa mémoire profonde sable mouvant
Le continent me déplace mes pieds sel rosée terre rouge épines épines herbe fragile écorce haute immense comme
Le continent
Le continent m’emporte je le suis il connaît les chemins il connaît les signes
Le continent cueille
une étoile il la prend elle descend ses rivières lui offrent un berceau elle s’endort dans ses bras
Le continent endort puis
Le continent éveille il m’éveille
Le continent pose sa main sur l’épaule du sommeil et la mienne
Le continent dit
Il dit viens
Il dit viens
Le continent conte
autour du feu il conte aux enfants les prochains les lointains
les miens, le continent
avive les flammes elles montent elles remplacent
les astres elles embrasent
le ciel entre le ciel et le continent l’arbre
palabres écoute écoute encore entre les syllabes du silence il y a
Le continent chante
Le continent chante
les mots que je reconnaîtrai
_____
Ce texte est le troisième d’un cycle de 20 propositions d’écritures de Laura Vazquez, en lien avec son poème 20 pierres installé dans les jardins de la villa Médicis.
